29. Tête à tête

sujet semaine 29, un clic sur la photo

Tete a tete

 

Elle était vieille grand-mère

Je me souviens elle disait que lorsqu’elle était dans son jardin, elle se retrouvait enfin. S’était-elle perdue un jour ? Je ne sais.

Dans ce jardin qu’elle pensait sauvage, elle y passait des heures régulièrement. Elle semait plantait entretenait suivant les saisons. Mais aussi elle prenait des notes pratiques sur ses plantes.  Elle déposait dans son petit cahier, ses observations ses connaissances, reconnaissances au fil des saisons. Elle dessinait aussi et quelquefois peignait quand dans la poche de son tablier elle avait pensé à mettre sa petite boîte d’aquarelle. Des couleurs, des dates de plantations, de semis, des plans, des croquis, des noms bizarres…et puis aussi de petites poésies, pensées furtives, quelques vagues sensations, sentiments du moment. Son jardin n’était pas très grand, elle m’avait dit un jour : « mon jardin botanique a les dimensions de mon rêve : celui de prendre le temps de voir pousser la vie. Tu sais petite, le bonheur ne vient pas de la dimension de ta terre ni même de sa possession, il vient du temps que l’on passe à voir pousser les fleurs. »

Elle radotait grand-mère, je ne l’écoutais pas vraiment, elle aimait trop le silence. Elle souriait tout le temps mais n’éclatait jamais de rire. Elle parlait de petites choses qui lui semblaient très importantes, de petits riens qu’elle croyait essentiels.

 Quand on a 7 ans on court, on piétine d’impatience, on oublie de sentir le parfum des fleurs…

Aujourd’hui depuis bien longtemps grand-mère n’est plus.

 J’ai hérité de son petit lopin de terre, de ses fleurs, de ses cahiers.

Dans le petit jardin : il y a une présence…

J’ai mis un banc romantique qu’on appelle confident de jardin, ou conversation, vis-à-vis, tête à tête.

Un ami sculpteur a installé une bien belle personne avec un cahier ouvert sur ses genoux.

Je viens souvent m’asseoir ici en tête à tête et je comprends et parle à celle qui m’a donné bien plus qu’un petit lopin de terre.

Elle sourit toujours mais n’éclate jamais de rire. C’est ce que j’ai dit hier à mon petit fils.

jamadrou © 8 septembre 18  (A fleur de peau)

 

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