p 141 Chanson pour les cueilleuses d'anémones

 
 
 la page 141 de "L'Herbier poésies"
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Mauricedenis1891avril pa ques matin
 
Dans cette forêt des merveilles
Tout est calme et pourtant
Des promeneurs tout de noir vêtus
Semblent sous leur parapluie noir ne rien vouloir voir
Tout est calme et pourtant
De belles dames à genoux
Ne sont pas là pour prier ni même pour s’amuser
Tout est calme l’air embaume et pourtant
En prêtant l’oreille
Dans ce silence parfumé
J’entends les cris des anémones sauvages
Et croyez-moi percevoir le cri de l’anémone sauvage
Le soir au fond des bois me fend le cœur
Ce cri vient mourir au bas de la colline
Parmi la bise errant en courts abois
L’anémone sauvage pleure
Et dans ce cri qui monte alors que le soleil décline
Je vois son agonie
Qu’on aurait pu croire câline
Mais qui dans le beau vase du salon
Sera lente et navrante à la fois
Il fait doux en ce soir printanier
Où se dorlote un paysage lent
Moi à travers ce couchant couvert d’un bleu à l’âme
J’entends comme un long soupir triste de dame nature
Ne cueillons pas les fleurs sauvages
Elles aiment tant avoir la liberté
D’offrir aux promeneurs une surprise enchantée.
 
(PS : Il y a du Verlaine dans l’air de cette chanson.
« Le son du cor s’afflige vers les bois »
Verlaine dans son recueil Sagesse en 1881)

 

Commentaires (10)

Balaline
  • 1. Balaline | 26/04/2019
Dans nos prairies des merveilles, les fleurs bien vivantes existent pour le plaisir des yeux, de l'odorat , du régal des abeilles et papillons et surtout pas pour finir prématurément dans les vases de la maison. Belles parce que libres de se laisser bercer par le vent !
jamadrou
Oh! oui Balaline! " Belles parce que libres de se laisser bercer par le vent " et non pas par un courant d'air dans une maison surchauffée
Josette
j'ai connu des petites cueilleuses de pâquerettes avec une tige si courte qu'il fallait les laisser flotter dans un verre d'eau, elles étaient offertes avec un grand sourire comme un trésor merveilleux...
jamadrou
la pâquerette n'est pas en voie de disparition et se multiplie à foison! mais les petites cueilleuses grandissent si vite qu'il faut préserver ces moments de bonheur et entretenir leur apparition dans nos souvenirs passe ce week end qui arrive le mieux possible Josette.
ABC
Cueillir la saison
en oubliant qu'elle passe
sans jamais trépasser
puisqu'elle renaîtra
d'une année à l'autre

Cueillir la saison
ses fleurs et ses odeurs
en sachant que demain
elle va déjà nous quitter
l'une la précède l'autre la suit

Cueillir la saison
fille, femme, mère
soucieuse de sa beauté
pour ne jamais la perdre
au fil des jours qui s'égrènent

Cueillir la saison
en aimer chaque couleur
avant qu'elle ne s'estompe
silencieux le noir passe
pour éteindre la lumière
jamadrou
Oui, il faut cueillir tout cela ABC l'image est belle et ne fait pas souffrir le vivant.
marine D
J'ai toujours aimé faire des petits bouquets pour égayer la maison les jours gris, et pourtant je cultive beaucoup beaucoup, j'ai planté arbres, arbustes, vivaces et semé aussi, alors je ne culpabilise pas Jamadrou, j'aimais tant enfant offrir à ma maman pour lui faire plaisir quelques myosotis marguerites ou pâquerettes que je déposais dans sa chambre, et des 5 enfants elle savait que cela venait de moi ! Comme on mange les légumes je pense qu'il n'y a pas de mal à cela !
Bisous
jamadrou
Non, pas de mal à cela mais de plus en plus de fleurs sauvages sont en voie de disparition et en montagne beaucoup de fleurs sont interdites de cueillette ou doivent être cueillies avec parcimonie je ne sais pas pour l'anémone des bois ... quoiqu'il en soit en voyant ce tableau j'ai pensé à tout cela... Merci Marine pour ton ressenti déposé ici.
Martine
Bonjour Jamadrou,

Oui, l'avenir est bien sombre pour la Nature. Les prairies, les bords de chemins qui explosaient de floraisons diverses au temps de notre jeunesse ne sont plus que souvenirs. On commence à voir revenir les coquelicots dans les champs audois. Mais plus de bleuets et autre œillets sauvages.
Mon jardin a un large espace laissé libre où se multiplient les orchidées indigènes ( plus de dix différentes) mais également le millepertuis, le salsifis , la marguerite, lin bleu et un petit lin jaune et tant d'autres encore que je tente d’identifier... Pas de bouquet dans la maison. Je préfère les admirer et les humer dans leur milieu. Pourtant, comme Marine, je garde une image émue pour le petit bouquet de pâquerettes, myosotis et pissenlits offert à ma mère qui fondait de tendresse.
Merci pour beau partage Jama
;)
jamadrou
Merci à toi Martine pour ton commentaire qui fleure bon respect et admiration de la nature mon premier regard sur le tableau a fait aussitôt jaillir ces mots : cueillette sauvage nous sommes tous maintenant si sensible à cette nature qui perd pied devant les gestes inconscients des hommes le peintre est d'un autre temps (Maurice Denis (1870-1943)) , un temps où prairies et sous-bois offraient avec largesse. J'aurais pu être plus indulgente!!! ;-)

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